"J’avais envie de raconter une histoire, seulement, je suis une piètre conteuse. Je
n’ai jamais lu de romans, et encore moins ce dont tout le monde parle dans mon pays,
les contes qui font rêver les enfants. Loin de moi l’idée de penserque je n’ai jamais été
une petite fille, bien au contraire, je crois l’être encore. Alors, j’ai préféré la vivre cette histoire qui me trottait dans la tête lorsque je fermais les yeux. Je l’ai vécue quelque
part, là, tout près de ce que je ressentais lorsque tu effleurais mes peurs ; là où s’abstiennent les hurlements hystériques, les douleurs de crispation incontrôlées que
l’on déverse négligemment lorsque
l’on n’ose exprimer librement ses sentiments.
Cette histoire, j’ai préféré la
vivre plutôt que la retranscrire en choisissant des mots vaporeux, des symboles, des allégories issus des recueils de poésies, des livres de philosophie." C'est par ces mots que s'ouvre le second livre d'Aurélie Gravallon
Combier, se présentant comme un recueil de lettres.
Elle y évoque son enfance,
tranquille, mais hantée par l'absence d'un père disparu
avant sa naissance, sa mère, la seule femme de sa vie, mais aussi les hommes
qu'elle a aimés, et notamment l'un d'eux,
Pierre, médecin, mais qui n'a pas
su lui donner ce dont elle rêvait. Avec ses mots, ses faiblesses et ses doutes, la narratrice, Solange,
fait le bilan d'une vie amoureuse assez banale, celle
que bien des femmes ont pu connaître aussi, et trace en filigrane le portrait d'une jeune femme ordinaire, ébranlée par la vie, mais qui conserve malgré tout un mince espoir, et trouve refuge dans la peinture, ces toiles qui jalonnent le texte et viennent lui répondre
...Il
est difficile d'appréhender une oeuvre aussi personnelle que celle-ci, malgré la
réfutation de toute tentative d'interprétation autobiographique, marquée
par la
distanciation de l'auteur et du narrateur, qui ne portent pas le même prénom.
Néanmoins, on sent que les souvenirs et les anecdotes abondent dans ce texte,
même s'ils sont parfois transposés ou transformés. Difficile aussi de s'immiscer
dans ce monologue manifestement adressé à un homme, dont on ne sait bien
finalement s'il est réel ou non, si l'héroïne l'a connu ou non, s'ils ont vécu une
histoire ensemble... Le lecteur a par moments l'impression d'être laissé sur la
touche, simple spectateur d'une relation épistolaire qui se joue devant ses yeux, relation dont il devient, presque malgré lui, le voyeur. Malgré quelques petites maladresses, le style est fluide, souvent poétique, avec de jolies trouvailles.
De plus, les très belles peinturesà l'acrylique qui viennent illustrer le texte avec tout un système d'échos et de réponses ajoutent une note d'onirisme à l'ensemble, et soulignent à merveille l'évolution de la narratrice, les tons gris-bleus du début
laissant peu à peu place à des couleurs plus chaudes, ocre, marron, jaune,
comme si l'héroïne surmontait progressivement ses angoisses et ses peurs pour s'affirmer. Le titre lui-même est fortintéressant, dans la mesure où l'on ne sait si le complément du nom est objectif ou subjectif : s'agit-il d'un rêve
enfantin, d'un rêve fait pendant l'enfance, ou du rêve
d'avoir un enfant, interprétation corroborée par la
présence,sur une des toiles, d'une femme enceinte, la main délicatement posée sur
son ventre arrondi ? Sans doute un peu des deux, et le texte se garde bien de lever de
manière définitive cette ambiguïté, laissant le lecteur se faire sa propre
opinion.
Malgré la banalité du sujet, l'auteur parvient à échapper aux clichés du genre,
et nous propose un ouvrage très prometteur, tant sur le plan de l'écriture que sur
celui de la peinture. A suivre, donc, et en attendant, vous pouvez visiter le blog de
l'auteur : www.philironie.com.
Par Elisabeth Bennet (site : ars legendi)
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Progrès 17 janvier 2012